1. Costume vietnamien à travers les siècles
L’histoire de la tenue vietnamienne est étroitement liée aux influences culturelles et politiques qui ont façonné le pays au fil des siècles. De l’influence chinoise sous les dynasties féodales aux touches françaises introduites à l’époque coloniale, la mode vietnamienne a évolué tout en conservant une identité unique et profondément enracinée dans la culture locale. Voici une brève introduction de différents costumes vietnamiens à travers l’histoire, avant la naissance du Áo Dài.
1.1. Tenue des premiers Vietnamiens
Lorsque le premier État, Văn Lang, est né au VIIe siècle av. J.-C, les anciens Vietnamiens passaient d’un mode de vie basé sur la chasse et la cueillette à l’agriculture. La culture du jute, du chanvre et du mûrier pour le tissage avaient déjà émergé, bien que les techniques restaient rudimentaires.
Grâce aux vestiges historiques tels que les poignées de dagues et les motifs des tambours de bronze, on sait que les hommes de l’époque avaient généralement le torse nu, les cheveux longs et portaient un khố, une longue pièce de tissu enroulée autour de la taille et ajustée pour couvrir la partie inférieure du corps. De plus, certaines représentations montrent des hommes vêtus de tuniques à enfiler par la tête ou de capes sans manches décorées de fourrure.
Les femmes portaient généralement de longues jupes associées à des tuniques à manches étroites et à col échancré. Les vêtements de cette époque étaient ornés de motifs représentant des oiseaux, des figures humaines et des animaux. La distinction vestimentaire entre la royauté et les citoyens ordinaires n’était pas encore clairement marquée.
1.2. Costume vietnamien à l’époque féodale

Pendant près de mille ans de domination chinoise (IIIe siècle av. J.-C. - Xe siècle apr. J.-C.), le Vietnam a adopté de nombreux éléments vestimentaires inspirés des tenues chinoises. Avec l’indépendance du Vietnam au Xe siècle apr. J.-C., le pays a commencé à développer ses propres styles. Les vêtements vietnamiens à l’époque féodale peuvent être généralement divisés en trois types selon la coupe du col :
-
Áo giao lĩnh : Ce vêtement possède quatre pans et un col croisé, avec le pan gauche superposant le pan droit. Le áo giao lĩnh est apparu très tôt au Vietnam et, malgré les nombreux bouleversements historiques, il a perduré jusqu'à la dynastie des Nguyên. Bien que le rôle de l’habit officiel dans la cour royale ait été accordé à un autre type de vêtement, il était encore porté comme une tenue de cérémonie.
-
Áo viên lĩnh : Ce vêtement est caractérisé par un col rond ajusté autour du cou, fermé par des boutons sur le côté droit. Il était généralement porté avec une jupe pour les femmes, et avec un pantalon pour les hommes.
-
Áo trực lĩnh : Ce vêtement possède un col droit avec deux revers qui descendent verticalement, presque parallèles, mais qui se croisent finalement vers le bas.
Au fil des dynasties de Lý, Trần, Lê et Nguyễn, la distinction entre la noblesse et les citoyens ordinaires est devenue évidente. Les gens du peuple ne portaient que des tissus de couleur sombre. En revanche, les vêtements des aristocrates et des mandarins sont marqués par une grande variété de couleurs et de motifs, avec des règles de plus en plus strictes et détaillées.
Des accessoires tels que les chapeaux et les chaussures ont également été intégrés à la tenue pour renforcer l’élégance et affirmer un style distinctif. Parallèlement, l’art du tissage a connu un grand essor, adoptant des techniques du Nord, permettant ainsi la production de textiles de haute qualité.
1.3. Habits vietnamiens au XIXe siècle

À la fin de l’époque féodale, sous la dynastie Nguyễn, la tenue vestimentaire des Vietnamiens a connu des changements significatifs, notamment avec le remplacement du áo giao lĩnh par le áo ngũ thân pour les hommes dans tout le pays. Le áo ngũ thân se caractérise ainsi par un col droit et une coupe composée de cinq pans de tissu (« ngũ » en sino-vietnamien signifie « cinq » et « thân » signifie « pan ») : quatre visibles à l’avant et à l’arrière, et un cinquième dissimulé à l’intérieur. Les manches peuvent être serrées ou amples. Il était généralement porté avec un pantalon long de couleur blanche. Le áo giao lĩnh restait tout de même le costume cérémonial.
Dans le Centre et le Sud du Vietnam, les femmes portaient également le áo ngũ thân, mais avec une coupe plus longue au niveau du corps et des manches. Les femmes de la famille royale portaient le áo nhật bình comme tenue de cérémonie extérieure. Le col de cette robe était orné d’un motif rectangulaire, tandis que les larges manches comportaient cinq bandes de couleurs représentant les cinq éléments métal, bois, eau, feu et terre. En revanche, dans le Nord, les femmes privilégiaient le áo tứ thân, qui est plus adapté au travail agricole. Il s’agit d’une tunique à quatre pans, à manches longues et sans boutons, portée par-dessus un yếm (camisole en soie) et une jupe longue.
Dans les campagnes du Sud, en particulier dans le delta du Mékong, un autre type de vêtement influencé par la mode malaisienne a émergé : le áo bà ba. Il s’agit d’une chemise en soie à manches longues, courte, boutonnée à l’avant et fendue sur les côtés, portée avec un pantalon en soie assorti.
Influence occidentale au XXe siècle
Depuis le début du XXe siècle, la tenue traditionnelle vietnamienne a été fortement influencée par l’Occident, en particulier sous la colonisation française et l’occupation américaine. Les hommes issus de familles aisées ont commencé à porter des vestes, des manteaux pardessus (longs manteaux en laine dépassant les genoux) et des chemises avec des pantalons de costume. Seules quelques familles traditionnelles adeptes du confucianisme ont continué à porter le áo ngũ thân avec un pantalon ample.
En revanche, la tenue féminine a évolué pour s’adapter aux changements de l’époque tout en préservant ses éléments fondamentaux. C’est ainsi que le Áo Dài de nos jours est né.
Naissance et évolution du Áo Dài
Bien qu'il soit impossible de déterminer le moment exact de l'apparition du Áo Dài, les chercheurs s'accordent à dire qu'il est une version modernisée, avec les influences occidentales, de la tenue traditionnelle áo ngũ thân. Bien que les Chinois aiment l'associer au Qibao, le Áo Dài et ses précurseurs existaient au Vietnam bien avant la création du Qibao dans les années 20. Le Áo Dài vietnamien a vécu des changements considérables à travers les années, pour des raisons tant culturelles, historiques qu'esthétiques avant d’aboutir à sa forme actuelle.
Áo Dài Lemur - les années 30

Dans les années 1930, sous l’influence française, la mode vietnamienne a connu une transformation majeure avec la création du Áo Dài Lemur. Cette version revisitée de la tenue traditionnelle a été imaginée par le peintre Nguyễn Cát Tường, également connu sous le pseudonyme de Le Mur, une adaptation française de son prénom.
Contrairement au áo ngũ thân composé de cinq pans de tissu, le Áo Dài Lemur ne comportait que deux pans avec des boutons latéraux. Il se distinguait par une coupe plus ajustée qui épousait les formes du corps, avec une taille cintrée, des manches bouffantes ou évasées et le col à volant ou en V. Pour la première fois, les femmes abandonnèrent la camisole traditionnelle yếm au profit de la brassière occidentale assortie, qui rehausse la poitrine.
Toutefois, cette tunique « hybride » suscita de vifs débats. À l’époque, le Áo Dài Lemur était perçu comme audacieux et indécent, dévoilant trop les courbes féminines et adoptant trop d’éléments occidentaux. Bien qu’il ait été peu à peu abandonné après 1943, son existence marque un tournant dans l’histoire de la mode vietnamienne.
Áo Dài Lê Phổ - les années 30
Au cours de la même décennie, une autre version du Áo Dài a été popularisée. Bien que son nom soit lié à l'artiste vietnamien Lê Phổ, les différentes sources ne s'accordent pas sur sa contribution à la création de ce vêtement. Il est cependant évident qu'il a peint de nombreux tableaux représentant des femmes en Áo Dài.
Contrairement à celui de Lemur, le Áo Dài Lê Phổ suit une conception plus traditionnelle avec un col montant et des manches étroites. Il a éliminé la plupart des influences occidentales, tout en continuant de flatter le corps de la femme avec une taille légèrement serrée. Ce style, mêlant tradition et modernité, a ainsi été mieux accepté et restait populaire jusqu’aux années 50.

Désuétude du Áo Dài dans le Nord - les années 50
Après 1945 et pendant les années 50, le Áo Dài a connu un déclin progressif dans le Nord du Vietnam, en raison des bouleversements politiques et sociaux. Avec la guerre d’Indochine et l’essor du mouvement indépendantiste, les priorités vestimentaires ont changé. Les vêtements traditionnels, souvent perçus comme symboles de la bourgeoisie et du colonialisme, ont été délaissés au profit de tenues plus pratiques, sobres et moins coûteuses. Ce n’est qu’après les années 1980, avec la politique de Đổi Mới et la réouverture du pays, que le Áo Dài retrouve progressivement sa place dans la culture vietnamienne.
Áo Dài aux manches raglan - les années 60
Dans le Sud, par contre, le Áo Dài continuait à évoluer. Dans les années 60, il a connu une transformation majeure avec l’introduction des manches raglan, ce qui allait redéfinir sa silhouette. Cette innovation est attribuée aux couturiers de Saïgon, en particulier la maison de couture Dung à Dakao.
Traditionnellement, le col et la partie supérieure des manches étaient taillés dans une seule pièce de tissu, formant une ligne d’épaule droite et une couture au niveau du haut du bras. La manche raglan, quant à elle, s’étendait en une seule pièce jusqu’au col, créant une couture diagonale allant de l’aisselle à la clavicule.
Cette nouvelle technique permet d’éliminer les plis sous les aisselles, souvent présents dans les Áo Dài au coupe traditionnel. De plus, il laisse tomber naturellement les épaules et améliore le confort et la liberté de mouvement. Une autre innovation notoire de cette époque est l’ajout d’un fin élastique à la taille pour accentuer les courbes féminines.

Áo Dài Trần Lệ Xuân - les années 60
Aussi dans les années 1960, dans le Sud, une autre version modernisée et sensuelle du Áo Dài a été introduite. Cette fois par Trần Lệ Xuân, également connue sous le nom Madame Nhu, l’épouse du conseiller politique Ngô Đình Nhu, frère du président Ngô Đình Diệm.
Le Áo Dài Madame Nhu se distingue principalement par l’absence de col, un changement audacieux par rapport à la coupe traditionnelle discrète. Le décolleté subtilement arrondie dévoile légèrement le cou et les clavicules, apportant une touche de féminité, de confiance en soi et de liberté. Autre caractéristique marquante, le Áo Dài Madame Nhu a une coupe ajustée et structurée et est souvent orné de broderies sophistiquées, reflétant le statut social élevé de celles qui l’adoptent.
Si cette version fut largement critiquée, elle reste un jalon important dans l'histoire du Áo Dài. Aujourd'hui, la tunique sans col existe toujours, mais l'encolure est moins large et plus arrondie, épousant le cou de la femme.

Áo Dài dans les années 70
Pendant cette décennie, le Áo Dài a tiré l’inspiration de la mini-jupe américaine pour la création des mini-raglan. La robe remontait jusqu’au-dessus des genoux et s'évasait davantage. Le pantalon devenait plus long, courant les pieds, et avait une fermeture. Ce Áo Dài était largement porté par les étudiantes.
Retour du Áo Dài dans les années 80
Après la réunification du Vietnam en 1975, l’Áo Dài, considéré comme un symbole de « décadence capitaliste » ou de « frivolité bourgeoise », cède la place à des vêtements plus simples et fonctionnels, comme le chemisier et le pantalon. Ces nouvelles tenues sont plus adaptées au travail et aux efforts de reconstruction du pays qui venait de sortir de trois décennies de guerre.
Après la réforme Đổi Mới en 1986, l’intérêt pour la mode connaissent une explosion sans précédent. Des magazines de mode apparaissent pour amener les tendances de la mode du monde au Vietnam. Depuis les années 2000, le Áo Dài a fait son grand retour sous de nombreuses formes et matières, avec des collections innovantes des designers locaux. Dépassant son style traditionnel, le Áo Dài est réinterprété en robe de mariée et en uniforme scolaire, mais aussi en version plus audacieuse à pans courts portée avec un jean, et bien d'autres déclinaisons modernes.

Áo Dài aujourd’hui, un emblème culturel
Le Áo Dài de nos jours est un ensemble qui comprend une tunique longue en soie et un pantalon. Le haut est moulant au niveau du buste, fendu sur deux côtés à la taille et descendant jusqu’à mi-jambe ou aux chevilles. Elle comporte des manches longues et un col ferme et ajusté. Le bas est un pantalon ample et léger, si long qu'il touche les pieds. Le triangle formé par la taille du pantalon et la fente de la tunique laisse entrevoir un peu de peau, ce qui confère à la tenue une allure sensuelle mais discrète.
Le Áo Dài incarne à lui seul la grâce des femmes vietnamiennes. Avec sa coupe ajustée, il sublime la silhouette en épousant délicatement les courbes du corps sans être révélateur. Cette harmonie entre pudeur et sensualité reflète l’idéal de beauté vietnamien, où la finesse est mise en avant.
Au-delà de son esthétique, le Áo Dài porte en lui une dimension culturelle. Il est un marqueur de l’identité vietnamienne et montre un attachement aux traditions. Bien que le Vietnam se modernise rapidement, cette tenue traditionnelle reste omniprésente lors des grandes occasions, des cérémonies officielles et même dans la vie quotidienne. On peut voir les lycéennes en Áo Dài blanc, les couples se marier en Áo Dài rouges, et bien des Áo Dài de toutes les couleurs dans les sites historiques et culturels.
Le Áo Dài et le chapeau conique Nón Lá forment un duo inséparable dans l’imaginaire collectif vietnamien. À travers l’art et la littérature, l’association de ces deux éléments vestimentaires symbolise à la fois la tradition, la féminité et l’identité culturelle vietnamienne.

Acheter un Áo Dài lors d’un voyage au Vietnam
Le Áo Dài est sans conteste l'un des costumes traditionnels les plus beaux et les plus reconnaissables au monde. C'est donc une excellente idée d'en ramener un en souvenir de votre voyage au Vietnam. Porter un Áo Dài, même occasionnellement, c’est embrasser une part de la culture vietnamienne.
Plusieurs boutiques proposent des Áo Dài prêts-à-porter si vous manquez de temps ou souhaitez un modèle classique disponible immédiatement. Par contre, le sur-mesure est la meilleure option pour obtenir un Áo Dài parfaitement ajusté à votre silhouette. Il faut généralement 1 à 3 jours pour la confection, selon la complexité du modèle.
Vous trouverez des boutiques dans le Vieux Quartier de Hanoi, notamment dans la rue Hang Gai (rue de la soie). L’ancienne ville de Hoi An, réputée pour son artisanat textile, dispose de nombreuses maisons de couture qui peuvent confectionner un Áo Dài sur mesure, avec un large choix de tissus et de styles.
Visite du musée de Áo Dài

Situé au quartier Long Phuoc, district 9, Hô Chi Minh-Ville, le musée de Áo Dài est un lieu unique dédié à la préservation et à la célébration de cette tenue traditionnelle vietnamienne. Fondé par le designer renommé Sĩ Hoàng, ce musée offre une plongée fascinante dans l’histoire, l’évolution et la symbolique du Áo Dài à travers les siècles.
Le musée est niché dans un cadre paisible, s’étendant sur 20.000 m², entouré de jardins luxuriants et de petites maisons traditionnelles en bois. Il présente une riche collection de Áo Dài datant de différentes époques, allant des premiers modèles influencés par la dynastie Nguyễn aux versions modernes et contemporaines. Parmi les pièces les plus remarquables du musée, on trouve des Áo Dài ayant appartenu à des figures historiques, notamment des intellectuelles, des artistes et des personnalités politiques, témoignant de la force et l’élégance des femmes vietnamiennes.
Autre tenue traditionnelle : Áo Tứ Thân

Né au XXe siècle pour s'adapter au travail champêtre, le áo tứ thân s’est traduit littéralement en vêtement de quatre pièces. Il s’agit d’une longue chemise constituée de quatre pans. Les deux pans à l’arrière sont cousus de haut en bas, tandis que ceux à l’avant sont laissés libres ou noués ensemble. Ces pans se balancent doucement au rythme du pas des femmes, créant une belle image qui est entrée dans la poésie traditionnelle ! Au dessous de cette robe, on portait une camisole yếm de couleur vive et une jupe longue de couleur sombre.
Deux accessoires crucials du Ao tu thân comprennent le turban noir appelé « mỏ quạ » (bec du corbeau) et le chapeau « quai thao » en rotin, plat et rond. Cet ensemble est conservé jusqu'à nos jours dans la province de Bac Ninh, chez les chanteurs et chanteuses de musique folklorique Quan Ho.
Source : Union des femmes au Vietnam